Retour d’Andalousie, Retour aux 5 éléments:

1- L’appel:

L’Hiver est trop long pour ceux qui marchent pieds nus et dorment sous les arbres.

l’Hiver est bon à ses débuts, quand il nous permet de nous rapprocher du Feu et de nous raconter des « autres » histoires, de nous reposer de l’activité estival pour mettre en gestation ce qui viendra avec le Printemps. Puis les Hivers se suivent et se ressemblent où l’on ne voit ni le soleil essentiel, ni la Neige magicienne… Alors survient l’Appel, un bruit lointain de ressac qui balaie les cailloux, une odeur de maquis résineux où les fleurs et les Abeilles jamais ne disparaissent et où les rares gouttes d’eau se convertissent si vite en brin d’herbes. L’Appel vient des Pays où le Soleil brille en Janvier autant qu’il brule en Juillet et où les habitants se déplacent plus lentement, comme rattraper par la torpeur à venir, ils vivent dehors même en ville. L’Appel nous rappelle que nous sommes filles et fils de la Terre-Mère et que nous dépérissons loin de son Sein, le fin vernis « glossy » des apparences de la modernité ne peut le cacher trop longtemps.

2- Le voyage:

En un éclair me voilà en partance pour retrouver ma famille cosmique, assis étroitement entre couloir et fenêtre, les maisons, pylônes et autres bretelles d’autoroute défilent à vitesse de Bus. L’air ahuri et rêveur je mesure maladroitement mon privilège de mon « évasion », je suis entouré de visages fatigués par les migrations, les précarités et la solitude des écrans portables. Le bus longue distance ne coute pas grand chose, 24 heures pour parcourir 1700 km paraissent une éternité dans un monde de vitesse et de marchandises. Je pense à nos ancêtres qui auraient mis des semaines et toutes leurs économies pour un tel voyage avec tous les risques d’une telle aventure, privilège encore. Je me rends compte que partir c’est aussi salutaire pour retrouver les Autres « moi », ceux qui s’expriment dans d’autres langues avec des histoires différentes et l’étincelle nomade qui ranime toutes mes envies, toutes les rencontres exotiques comme banales. Les gares routières sordides se mesurent à l’état de leurs toilettes, je fais souvent un saut du coté de celles des dames toujours mieux traitées. Une floppée d’arrêts permettent de sentir la distance qui se fait sentir, plus charnelle et palpable que la violente efficacité des Avions et de leurs glaçants terminaux. J’aime sentir la route du déplacement puis la congédier dès qu’elle ne m’est plus nécessaire. J’ai fin d’éléments, alors à peine débarquer, je reglisse dans un bus local pour retrouver mes Parents, ceux de toujours, ceux d’avant et d’après notre passage terrestre.

3- l’arrivée :

La cerise sur le gâteau du déplacement est de partir et d’arriver sur ses deux pieds, son humble maison sur le dos. Pour cela il est souvent nécessaire et même souhaitable de faire un peu d’auto-stop. On y sent l’ambiance, le temps qui s’écoule mollement quand il n’y pas de voitures et l’espace qui se déploie à l’horizon du retour aux sources. Je me rappelle des chemins et j’essaye de ralentir pour savourer le retour et d’y saluer les vénérables arbres que j’ai déjà fréquenté, deux années de suite d’une façon différente avec mon « feu » fourgon jaune. Tout est vert en bord de Mer, peu d’essences caduques et beaucoup de résistants à tous les excès de sel et chaleurs, à tous les manques d’eau et de repos. Je devine les yeux fermé que la plage repliée entre deux avancées rocheuses ne m’attend pas mais m’accueillera simplement avec tout l’Amour des lieux préservés du trop de nous, les Humains conquérants. Il ne s’agit pas de faire profil bas mais de vivre le fracas des vagues qui rabattent les cailloux comme une sonate paisible, tout se fait naturellement, plein de Soleil et de Mouettes. La vie n’attend pas, alors on salue et remercie et je file m’insérer entre les vagues fraiches pour le premier bain comme un baptême. c’est comme ça que j’arrive en Andalousie en embrassant tous les éléments que je ne quitterai plus. Les chèvres sauvages s’habitueront bientôt à ma présence temporaire.

4- La plage et le romarin :

Les premières nuits sont fraiches au petit matin mais me voilà à ma place, bien blotti contre les Quatre éléments je me recharge pour faire émerger le cinquième en moi, l’essence divine que nous portons tous et qui se déploie quand les voiles et les obstacles de nos conditionnements se dissolvent dans la présence. Juste être là sur cette modeste plage et quelques réserves de graines et de fruits, l’abondance s’impose humblement, simplement par tous ces sons de vagues et de vents, par le cocktail de fleurs du maquis et des oiseaux sans repos, par la roche rouge sous mes pieds et mes doigts…. l’abondance est ivresse lente comme quand certains jours je me pose sur des promontoires en bord de falaises et que finalement un groupe de dauphins se décident à se montrer et que la hauteur permette de faire durer ces rencontres magiques.

5- Gero et le palace de pierres :

Les synchronicités positives s’activent quand on se cale sur la résonance de ce qui est. Il est connu que par ici, des étranges rêveurs et autres hippies de grands chemins viennent hiverner et vivre plus facilement un certain dénuement. Un après-midi où j’avais entrepris un aller-retour fugace vers la station balnéaire locale pour ramener quelques aliments pour les prochains jours, je fis une rencontre aussi improbable que déterminante. Les courses, après seulement quelques jours au bord de cette Mer, me parurent plus surréaliste et anormale comme si je sortais de 6 mois de forêts profondes: la promiscuité de la ville intranquille, les marchandises quasi mortes alignées dans le cercueil de plastique et ce brouhaha de circulation qui ne s’arrêtent que la nuit. Mais je souriais à tout et à tous avant de presser le retour.

Du haut de la falaise, j’entendais l’entrechoquement des gros pierres et des galets. Un homme à moitié nu semblait s’affairer à les empiler, les ordonner selon ses connaissances. Il était de dos, un petit point très « animé » en bas et pourtant je savais qu’il me voyait et m’attendait.

Puis je fis la rencontre de cet être lumineux, allemand ne parlant qu’allemand j’ai pu expérimenter les progrès de L’I.A. pour traduire… mais avant cela ce petit homme vêtu de presque rien irradiait pas sa vitalité alors qu’il avait près de 70 ans, il avait les deux signes de la sagesse: le rire spontané et authentique, une lumière pénétrante dans le regard qui fondent une présence si ancrée et bonne. Cet homme ne mange, ne dort et ne boit quasiment plus depuis plusieurs décades, vit de lumière et d’air et ne possède qu’un véhicule et une poignée d’affaires. Passionné de pierres il vit de guidance en escalade et d’aménagement de jardins.

Il revenait tous les matins et repartait tous les soirs avec son sac de rien du tout, construisant un palace de pierres que je m’appropriais la nuit, me sentant si honoré de vivre dans ce palais de pierres et de pouvoir « fréquenter » un tel concepteur.

6- Al Andalouz et ses leçons:

L’Andalousie est magnétique depuis toujours, quand on marche dans les rues anciennes de Grenade ou le long de l’Alhambra on est perdu dans la beauté de l’Art arabo-andalou, comme une des rares tentatives en Europe de faire le pont entre Nature et Culture, monde animiste et monothéisme où l’architecture délicate et radieuse s’insère parfaitement dans l’art des jardins et des fontaines. Je passe toujours par Grenade après les rivages et avant le voyage retour, il y a comme une continuité avec la magie du littorale brute et à la fois une rupture par le retour à l’urbain et son monde agité et orphelin du Sacré. Mais il y flotte une sensibilité accrue à l’invisible, surtout la nuit autour de l’Alhambra, on sent une Histoire apaisée et tolérante en contemplant une magnifique porte musulmane richement décoré avec une humble Vierge Marie à l’enfant incorporée naturellement par ceux qui ont suivi et qui n’ont pas osé détruire une telle œuvre. Je n’y reste pas plus de deux nuits pour me préserver la Magie de l’érosion urbaine qui ramène de la séparation, de la précipitation et du manque d’égard mais je trouve cette ville hors du temps et de l’espace, je me crois parfois au Maroc ou à Cuzco….

7- Retours, Du minéral au Végétal :

Revenir pour les premières secousses du printemps est ce que je préfère, j’ai l’impression de le serrer un peu contre moi et de le ramener du Sud de l’Espagne. C’est comme une rampe de lancement printanier, le soleil est même un peu revenu.

les primevères reviennent, les premiers bourgeons arrivent et je peux commencer à cueillir de nouveau, mode de vie plutôt que pratique, mes cueillettes se font d’une façon de plus en plus « unifiées » sous le plus beau signe du retour de la lumière: la pluie d’or des chatons de noisetiers.

Merci, Mille fois Merci pour tout et à toutes les formes de vie que j’ai pu croisé.

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